DICTEE DU MAROC
Qu’on me croie ou non, et réellement soit dit sans parti pris, ni autosatisfaction déplacée, je suis un mots-croisiste – autrement dit : un verbicruciste – réputé dans toute la Francophonie* ! Il m’arrive aussi d’être un cruciverbiste, quand je fais les grilles dont certains confrères de Rabat ou de Casablanca sont à grand-peine les fabricants besogneux !… Lorsque je vois la plupart d’entre eux qui terminent, l’œil hagard et l’air harassé, une minuscule grille criblée de cases noires, je me retiens pour ne pas les accabler de brocards, de quolibets, de lazzis…
Fin pour les minimes
De plus, ayant pillé les grilles d’autrui pour les définitions, ils en sont réduits, pour justifier leurs prétendues astuces, à bégayer de pseudo-explications qu’ils ont bien du mal à décrypter eux-mêmes.
… Demain, je dois prononcer une allocution dans un tout nouvel établissement scolaire, que l’on m’a demandé de parrainer – ce qui n’est qu’un bien pâle hommage à mon travail, aux chefs-d’œuvre que sont la quasi-totalité de mes mots-croisés…
Fin pour les cadets
Je sais que les architectes, natifs de Tanger, n’ont pas lésiné sur les zelliges – orange ou bleus –, ce qui me changera des anciens établissements à la lugubre grisaille qui m’accueillirent il y a quelque trente ans. Parmi les enseignants, fort nombreux, que j’y ai vus défiler, il y avait nombre de fringants et enthousiastes professeurs, voire des orateurs-nés ! Et puis aussi de fortes personnalités, des teigneux qui auraient voulu imposer à la classe tout entière un silence sépulcral….
Fin pour les juniors.
Rhéteur de première force, je ne prépare pas mon laïus : après que les autorités se seront succédé à la tribune improvisée, j’enchaînerai avec la faconde que chacun me reconnaît ! Je compte parler, notamment, des parties de Scrabble où j’écrase à plate(s) couture(s) mes concurrents, parce que je connais par cœur le lexique. Qui d’autre que moi pourrait dire sur-le-champ que tel mot se trouve à la page deux cent quatre-vingt du dictionnaire de référence ?! Et je suis de première force aux logogriphes énigmatiques, aux devinettes absconses et autres jeux de lettres…
Alors, vraiment, je ne comprends pas qu’on puisse dire, un peu partout, que j’aurais « une case en moins » !
© Jean-Pierre
Colignon, mars 2007.
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* On acceptera aussi francophonie, sans majuscule.